De la mixité sociale à la sociodiversité

Les tentatives de créer de la mixité sociale ont toujours échouées sur les sables mouvants de la complexité de la nature. La mixité sociale porte dans son intention le même projet de contrôle des forces de la nature qu’on a pu voir se développer dans le secteur de la production :

La société industrielle se caractérise par sa capacité à chercher à obtenir de la nature ce qu’elle veut et autant que possible quand elle veut, dans les quantités maximum avec la plus grand rentabilité. Pour cela elle crée des espaces dédiés : Des déserts verts ou jaunes comme ces champs de mais ou de colza. Des villes organisées en espaces distincts : espace de travail, espace de vie, espace de commerce. Mais ces spécialisations détruisent ce qui les nourris : la capacité de régénération des individus du système. Cette tentative de rationalisation des espaces source de profit porte en elle sa perte par l’assèchement de la capacité de ces espaces s’équilibrer par la coopétition de ses habitants et ainsi de se régénérer.

 

 

BIODIVERSITE, REGENERESCENCE ET EQUILIBRE SYSTEMIQUE

 

On s’aperçoit en regardant une forêt qu’il n’y a pas d’attaque d’insectes nuisible qui la mette en danger, il n’y a besoin ni d’engrais ni de fongicide et que la diversité des êtres vivants qui la constitue l’humus qui régénère sa capacité à s’autoproduire. La biodiversité reconstitue l’humus par des interactions permanentes entre différentes espèces en relation de coopétition ou le commensalisme[1]. A contrario les déserts verts, ces espaces agricoles dédiés, favorisent la prolifération des nuisibles (qui ne sont nuisibles qu’à notre désir de gagner plus, toujours plus) et oblige à multiplier les pesticides fongicides et engrais pour maintenir la productivité.

 

Détruire la biodiversité atteint principalement la capacité de régénérescence de la nature. Cela stérilise la reproductibilité de la nature. Créer ces espaces dédiés en détruisant la biodiversité stérilise le terreau l’humus la biomasse et oblige à augmenter sans cesse les engrais. Mais la destruction de la biodiversité, dans la mesure où elle détruit l’équilibre des contingences entre les différentes colonies d’êtres qui la constitue, détruisant la synthropie[2] qui caractérise les systèmes qui s’auto-regénèrent.

La destruction de la biodiversité laisse la place à l’hégémonie d’une de ces espèces qui, n’étant plus contenue, prolifère anormalement. Comme la finance dans la société industrielle. C’est alors que devient nécessaire l’utilisation de pesticides. (Mais nous n’avons manifestement pas trouvé le pesticide de la finance !)

De la même manière la sociodiversité reconstitue l’humain : humus fertile de la reproduction des hommes, de leur motivation de leur engagement de leur sentiment d’appartenance de leur adaptabilité. C’est parce qu’il y a coopétition entre les divers membres d’une communauté que celle ci se régénère. A contrario vouloir absolument implanter une famille un peu aisé dans un environnement misérable tel qu’on peut le voir dans les quartiers périphériques des grandes ville, ne peut que générer de la violence et de l’incompréhension. Contrairement aux servantes qui habitaient dans le même immeuble que leurs employeurs, ces deux populations différentes ne sont pas dans un rapport de coopétition. Ils n’ont aucune raison de vivre ensemble et ne font que se côtoyer sans être en relation de besoin.

Dans un système de coopétition, il s’installe une économie circulaire entre chaque espèce qui a besoin de ce que produit l’autre. Comme pour les humains en communauté. En même temps la communauté a comme effet de contenir chaque individu. Cette contenance lui donne une limite : cette limite défini leur identité. Sans cette limite donnée par le collectif dans un rapport de co-dépendance, aucun des individus ne peut construire une identité source d’intégration. Cette coopétition est la condition de la création d’un humus. Comme l’humus est la condition de la croissance des plantes, la sociodiversité est la condition de l’émergence d’une organisation sociale harmonieuse ou du moins équilibrée, d’une communauté comme principale source de régénérescence de l’appartenance et de l’intégration.

 

 

 

DE LA SOCIETE INDUSTRIELLE A L’INDUSTRIALISATION SOCIETALE

 

En même temps qu’on a crée la société industrielle, on a permis que se développe l’industrialisation du social. Ce qui est vrai pour la nature et l’agriculture est aussi vrai pour l’organisation sociétale. Pour les mêmes raisons d’efficacité et de rentabilité. Des zones industrielles au zones commerciales jusqu’aux cités dortoirs, la conception industrielle de la société s’est appliqué à créer des espaces dédiés dans l’organisation. Cette spécialisation de la société stérilise le terreau de l’appartenance et de l’engagement. Qui se sent chez lui dans une cité dortoir ? Qui a envie de travailler quand il débarque après une heure de transport dans une zone industrielle morte ?

La spécialisation favorise le développement des déviances de personnes qui, n’étant plus contenues par un environnement de relations humaines fortes se mettent à dysfonctionner. Ces déviants ne sont pas nuisibles de nature. Ils sont le symptôme d’un déséquilibre systémique. Ils ne sont nuisibles que parce qu’on crée les conditions de leur nuisibilité. Sinon comme membres de la communauté, ils ont leur place comme les supposés nuisibles dans nos champs ont leur place dans la foret. Ils ont leur raison d’être quand ils sont contenus par une diversité sociale structurante. Quand ils ont une raison sociale. Quand l’humus humain de leur environnement qui les contient, leur permet de s’enraciner et de s’élever. Ils explosent en délinquance seulement que parce que rien ne les contient. Ils ne dérivent que parce que rien ne les oriente. Ce n’est pas parce qu’il existe des banquiers ou des financiers voyous que l’argent ou la banque est une mauvaise chose. Bien au contraire, l’argent est sans aucun doute l’invention la plus intelligente depuis la roue. Ce qui est un problème ce n’est pas l’argent c’est qu’il soit sacralisé et qu’il existe dans un espace dédié sans lien avec les contingences de l’environnement. Le petit délinquant n’est pas mauvais par essence il fait comme il peut pour tenter d’exister dans un environnement qui ne le contient pas et qui n’attend rien de lui.

Créer des espaces dédiés stérilise le terreau de l’apprentissage et du désir de s’insérer.

Par exemple la ghettoïsation des banlieues est un réel problème. Mais ce n’est pas une volonté politique qui peut résoudre cette question. Toutes les tentatives naïves de créer de la mixité comme par exemple dans les quartiers nord de grandes villes comme Marseille se sont soldées par des échecs. Et il ne fallait pas être devin pour les prévoir : il suffisait d’être un peu lucide. Tant que les plus défavorisés n’auront aucune raison de vivre les quartiers plus favorisés, parce qu’ils y travaillent et y ont leur raison sociale, il n’y a aucune raison que de la mixité s’installe.

Tenter de mettre des logements sociaux dans des quartiers favorisés sans que personne n’ait de réelles raisons d’être proche ne peut pas créer de la communauté. Tout au plus de la jalousie et de l’envie et de la peur.

La création de ces espaces dédiés, oblige à multiplier les mesures d’accompagnement à l’insertion sociale comme on rajoute des engrais pour compenser la stérilisation de l’humus. Pole emploi est comme l’engrais pour l’agriculture, un stimulateur de relation rendu nécessaire par l’assèchement des échanges consécutif à la spécialisation des territoires. Comment imaginer qu’on puisse rencontrer un éventuel employeur dans ces zones industrielles désertiques sans nom de rue aux portes irrémédiablement closes des entreprises aux Drh inaccessibles souvent même aux salariés. Nos produits de stimulation ont largement montré leur inefficacité. On a largement dépassé le seuil ou le cout des engrais dépasse la rentabilité obtenue. Quel agriculteur incompétent résisterait longtemps à dépenser plus en engrais qu’il ne gagne en rentabilité ? Comme l’engrais, il arrive un moment ou les produits de stimulation de la relation ne jouent plus leur rôle même si on augmente les doses. Et pourtant nous investissons à perte dans des accélérateurs d’insertion plutôt inutiles. Des accélérateurs d’insertion qui n’ont en fait qu’une fonction de gardien de la paix. On fait juste ce qu’il faut pour que ça n’explose pas.

Si l’on continu à se permettre cet investissement à perte c’est qu’on a pu effectuer un transfert de cout, justement sur la collectivité par l’intermédiaire de l’état.

Le même transfert de coût s’est fait sur le client pour la consommation : pour payer ses produits « moins cher » que dans un commerce de quartier, le consommateur doit payer une voiture et consommer du temps pour se rendre dans les zones dédiées à l’achat. Pour qui est-ce vraiment moins cher tout compte fait ? Au bout du compte la rentabilité des grandes surfaces ne s’appuie que sur le transfert de charge sur le consommateur.

De la même façon la rentabilité supposée du système de production se fonde sur le transfert de la charge des compensateurs sur la collectivité. L’effort de contribution que ne font pas grands groupes industriels et qui se transforme en dividendes, est supporté par la collectivité d’une manière non-financière : Désespérance des individus, échec de l’école, délinquance, communautarisme etc… Mais il existe aussi des couts financiers mesurables, ne serait ce que les couts liés à la sureté et à la sécurité. Mais ils ne sont pas supportés par ceux qui les génèrent indirectement : les producteurs.

La sociodiversité n’a rien à voir avec le projet de mixité social qui revient régulièrement dans le projet de nos politiques. Le projet de mixité sociale est encore une fois un projet de contrôle de la nature des hommes. On décide en dépit de toute éco-logique de l’agencement des choses. C’est comme vouloir planté un jeune chêne au milieu des champs de blé de la Beauce. La disparition de la biomasse par la spécialisation de la culture rend impossible son développement. De la même manière que la tentative de faire cohabiter des populations qui ne sont pas en symbiose rend impossible que prenne la greffe.

 

Réinventer une sociodiversité devient une urgence absolue. Recréer de la communauté réinvestir les relations de proximités.

Une politique de sociodiversité supposerait qu’on donne aux plus démunis une bonne raison de vivre et de travailler dans des espaces ou ils ont une raison d’être. Quand l’ouvrier agricole résidait dans le même espace que son employeur ou que le menuisier habitait à proximité de ses clients parmi lesquels se trouvait forgeron qui lui faisait ses outils, il se créait une communauté. La question n’est pas bien sur de rêver à une campagne sur un modèle amish immobilisé dans le 19 ième siècle. Il s’agit de prendre conscience que l’hégémonie d’un modèle productiviste a un effet délétère sur ce qui conditionne son existence : la capacité à faire se régénérer de sa matière première : la communauté. Le productivisme sans la présence de son contre modèle qu’est le système d’échange communautaire n’a aucune chance de survie. On peut même dire que le système productiviste s’est développé « contre » les systèmes d’échange communautaire. Contre ! Tout contre ![3]

Il s’est nourri du combat qu’il a mené contre son contre-modèle. Mais au bout du compte, la victoire du système productiviste est le signe de son extinction. Ce n’est pas l’idée du productivisme qui est à critiquer c’est l’hégémonie d’un modèle.

C’est exactement ce que l’on voir émerger dans l’industrie avec le mythe de l’entreprise libérée. C’est l’hégémonie d’un modèle taylorien qui a fini par détruire ce qui le nourrissait : le sentiment d’appartenance et le désir d’engagement des individus. Le mythe de l’entreprise libérée n’est qu’un discours d’alerte sur les dangers d’un modèle dominant poussé à l’extrême de sa logique.

 

L’erreur politique de nos démocraties est de penser que laisser cohabiter plusieurs systèmes  économiques en interaction génère des contradictions trop couteuses à gérer. Et que le système unique est la solution la plus économique. Mais la cohabitation de systèmes différents est la condition de la reproductibilité du vivant justement parce qu’elle oblige les interactions et la coopétition. A court terme cela rapporte moins d’argent mais à moyen/long terme c’est une question de survie.

 

[1] Le commensalisme (du latin co-, avec mensa, table : compagnon de table) est un type d’association naturelle entre deux êtres vivants dans laquelle l’hôte fournit une partie de sa propre nourriture au commensal : il n’obtient en revanche aucune contrepartie évidente de ce dernier (la relation est à bénéfice non-réciproque). wikipédia

 

[2] La syntropie est une relation mutualiste établie lors d’une co culture de deux espèces bactériennes, au cours de laquelle chaque espèce produit un élément nutritif essentiel au développement de l’autre.

[3] Pour reprendre le double sens du mot « contre » de Sacha Guitry : je suis contre les femmes ! tout contre !

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